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lun., 07 septembre 2015

Nouveauté CD à découvrir sans hésiter !

Lubat Improvisions Bernard Lubat piano solo Enregistré au Théâtre Amusicien l'Estaminet à Uzeste durant les Uzestivals d'hiver et printemps 2014-2015.
Label UZ - Lubat Jazzcogne productions, Cristal Records
Peinture : Martin Lartigue

Nous sommes revenus de la 38ème Hestejada de las Arts (16 au 23 août), tenue à Uzeste et quelques villages aux alentours, avec un nouveau disque de Bernard Lubat - piano solo, Improvisions. Le jeu de mot du titre album n'est pas qu'un bon mot, il a aussi du sens. La liberté du musicien et de l'artiste s'accompagne d'une liberté de parole et de pensée comme le sont chaque année les rencontres d'Uzeste Musical associant moments de musique et d'arts en tout sens à des temps d'échanges avec intellectuels, philosophes et militants toutes catégories.

La pochette du disque, magnifiquement illustrée par Martin Lartigue, campe un Lubat-piano en génie de la forêt et nous offre un écrit de haute volée de la plume même du musicien. On doit lire ce texte avant toute écoute de la musique ; il en est l'introduction réjouissante et indispensable, tant la matière poétique est nourrie d'une pensée critique tonifiante.

« Quand on a peur, on est pas libre
Mais quand on est libre, ça fait peur »

Et la musique jaillit pour dépasser, dé-diaboliser et ensorceler ce dilemme existentiel. Un désir de liberté parcourt le clavier en tout sens et renversement. Chaque pièce musicale débute par une attaque à vif du sujet, interpellation à la conversation. Les échappées se font par des arpèges ou des montées précipitées du clavier jonglant avec les atonalités que bouscule sans cesse le jeu en percussion. Des moments de tensions, d'explosions, d'accélérations prodigieuses _ de vies en profusion exprimées par des coulées torrentielles auxquelles succèdent des tempos chaotiques _ se transforment en « walking bass » d'un groove envoûtant mené d'une main de maître par « l'indépendance des membres » du musicien batteur.

Puis tout se fait silence. D'une rupture immédiate émerge de délicats tintements qui bruissent comme l'eau d'une petite rivière. Une mélodie tendre _ une des pièces musicales se nomme En tendre long temps _ apparaît de temps à autres à peine esquissée ou en conclusion. Un jour, mon prince viendra clôt Études rythmiques. Parfois de doux accords empreints de Satisme invitent à la rêverie que prolonge le jeu dans les cordes.

Tous ces différents états du piano solo sont alors une métaphore de notre existence humaine intime, ses différents soubresauts et désirs. Une esthétique du vécu qui ne se limite pas au champ étroit des musiques actuelles ultra formatées. Bernard Lubat tient sa source musicale au plus profond de notre vie émotionnelle intime. Il la déploie avec bonheur sans cachotterie ni interdit. Vous avez dit « liberté d'expression » ? Vient alors à l'esprit cette remarque de Guy Debord, « Toute la vie des sociétés dans lesquelles règnent les conditions modernes de production s'annonce comme une immense accumulation de spectacles. Tout ce qui était DIRECTEMENT VÉCU s'est éloigné dans une représentation. »

Retour au vécu donc par la poésie des sons, ici dans cet album si généreux dont les explosions rappellent l'Artifice Opéra magnifique tenu le 18 août dernier au Château de Roquetaillade, les grooves et torrents de vie duDeliberation Orchestra 2015 du 19 et l'humanité-hommage à Eddy Louiss réalisé le 23 août.

Ce solo nouveau dispense une musique qui aide à S'ôter l'obstacle, comme nous y invite la sixième pièce de l'album.

Signé : l'hippocampe