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mar., 02 février 2016

A propos du concert du 2/02 par l'EDIM

Vu par Olivier Delafosse, saxophone ténor. En formation sax alto, piano, contrebasse, batterie, Jemeel Moondoc au sax me donne l'impression d'un vieil enfant, capricieux, rebelle et libre. C'est lui le patron, il est au centre sur un tabouret, légèrement en avant. Peu de contact visuel avec le public mais très forte énergie et écoute de groupe.

Jemeel Moondoc Quartet

En formation sax alto, piano, contrebasse, batterie, Jemeel Moondoc au sax me donne l'impression d'un vieil enfant, capricieux, rebelle et libre. C'est lui le patron, il est au centre sur un tabouret, légèrement en avant. Peu de contact visuel avec le public mais très forte énergie et écoute de groupe.
Le set démarre avec un blues dont le thème à peine ébauché sera très vite désarticulé, en rébellion, dans la grille comme dans les impros. Une attitude de transe surgit rapidement, chacun avec son instrument et en collectif. Les effets sonores émergent de partout : le pianiste balance des coups de massue réguliers sur 1 note, ses impros me rappellent Messiaen ou Boulez. Le batteur alterne son jeu expérimental, inventif mais délicat, d'abord sur chacun des coins de sa batterie. Une de ses cymbales est volontairement découpée pour une sonorité plus mate. Il finira le concert avec deux cuillères, avec une sonorité de claquettes. Certaines œuvres ont un thème très simple, un arpège qui donne la carrure autour de laquelle chacun expérimente les vocalités fulgurantes.
Le bassiste est imposant, par sa carrure physique et sa puissance de son. Il se met à un moment à se balancer avec sa basse d'un pied sur l'autre, en total jouissance de la matière sonore, comme dans une danse rituelle. Le son de Moondoc au sax me fait penser à un jouet, acide, claironnant, capricieux et mal accordé. Les propositions fusent de partout, chacun emboîtant le pas dans les propositions. La dernière pièce se termine sur une longue pédale de do, intense et paisible, comme un retour à l'origine de l'harmonie.
Un grand plaisir!

The Bridge#11

Pendant l'installation des musiciens, je me dis que l'équilibre sonore sera bien avec cette formation éclectique de musiciens entre Chicago et Paris : le batteur au centre derrière, puis devant, de chaque, côté deux contrebassistes amplifiés dont l'un avec pédale d'effets, puis devant de chaque coté deux saxophonistes, l'un baryton, l'autre ténor. Je ne sais pas encore que ce sera un work in progress en non-stop, comme un unique grand rêve hypnotique du début à la fin.
Ce rêve commence avec le cliquetis invisible du mbira seul que joue le batteur. Ca démarre donc avec la musique traditionnelle, intemporelle, lointaine mais connue de tous. Cette ritournelle du mbira réapparaitra de temps en temps. Rapidement, les sonorités acides, saturées, plaintives, criardes, convulsives fusent de toute part, en alternance. Les rythmes deviennent également saturés, des doubles ou triples sons émergent. Parfois, le batteur reprend une rythmique mécanique pendant que les deux basses tiennent une énorme pédale et que les 2 saxs rugissent et hurlent les loups! Effets de métamorphose permanente, un fondu enchaîné, me fait penser à Cage et ses expériences sonores notamment sur les bruits. Une des contrebasses devient tantôt percussion, tantôt avec archet, tantôt murmurante ou en glissendi. Impression d'être à l'intérieur même du son, de l'énergie, de la matière, des ondes physiques. Les oreilles entendent et tout le corps vibre par sympathie. Aucune barrière de style, du vrai free, aucune forme apparente mais l'alternance des ambiances qui s'enchaînent construisent le déroulé. La non forme apparente est une forme. L'instrumental et le vocal se mélangent parfois, comme un cri intérieur impossible à exprimer dans un saxo. Joe McPhee joue du sax et aussi du cornet avec un son ample et velouté. Le coté traditionnel émerge à nouveau avec le guembri que sort le deuxième contrebassiste. Le cliquetis du mbira resurgit à nouveau aussi.
Le réveil est brutal......