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dim., 03 janvier 2016

Muhal Richard Abrams

Sons d'hiver ouvrira ses portes avec l'une des figures légendaires de la vie musicale de Chicago, le co-fondateur de l'AACM et théoricien de la Great Black Music Muhal Richard Abrams... Nous vous invitons à écouter Young at Heart, morceau de piano solo improvisation, enregistré en 1969 et sorti dans l'album "Young at Heart/Wise in Time"

À ÉCOUTER :

 

Co-fondateur et premier président de l'AACM (Association for the Advancement of Creative Music), dont on célèbre les 50 ans en cette fin 2015, principal théoricien des thèses de la Great Black Music et mentor depuis plusieurs décennies de générations successives de musiciens résolument créateurs - Muhal Richard Abrams est non seulement l'une des figures légendaires de la vie musicale de Chicago (et de New York, où il s'est établi), mais l'une des personnalités les plus secrètement influentes de l'histoire du jazz moderne. Pianiste toujours en formation, comme il aime à se présenter, dernier dépositaire des grands maîtres du boogie-woogie et du ragtime, fortement influencé par le blues, le rhythm'n'blues et le lyrisme virtuose et tourmenté de Bud Powell, Muhal Abrams a appris son métier et s'est forgé un style original tout au long des années 50 en accompagnant les grands noms du bop de passage à Chicago (de Miles Davis à Sonny Rollins, en passant par Max Roach, Dexter Gordon ou Johnny Griffin...). Dans les années 60, en fondant l'Experimental Band, orchestre matriciel d'où naîtra en 1965 l'AACM, Muhal Abrams a donné une tout autre dimension à sa carrière. Opérant comme une révolution culturelle, il va en quelques années s'imposer comme le catalyseur des désirs d'innovation et d'ouverture esthétiques d'une génération de musiciens tels que Jack DeJohnette, Roscoe Mitchell, Joseph Jarman, Anthony Braxton, Henry Threadgill, Wadada Leo Smith, Leroy Jenkins, Amina Claudine Myers... Mais aussi, Steve Coleman, Greg Osby, Jason Moran, Vijay Iyer, Tyshawn Sorey...

Muhal Richard Abrams s'est initié en autodidacte à un grand nombre d'instruments (clarinette, hautbois, violoncelle, synthétiseur), accumulant au sein d'orchestres à géométries variables une longue suite de projets visionnaires (depuis son premier disque "Levels and Degrees of Light", 1967, il y a presque cinquante ans), qui ont servi de référence aux principes de la Great Black Music. Il s'est révélé être un compositeur dont l'œuvre est considérable, à la fois abstraite et lyrique et qui porte autant la marque du jazz que celle de l'avant-garde européenne du 20e siècle (celle de Messiaen, celle de la seconde école de Vienne).

Passant avec maestria du solo au big band, inventant de larges suites embrassant tout le spectre de la musique noire, alternant passages expérimentaux aux sonorités électroniques et instruments traditionnels plongés dans de longues séquences introspectives, mettant en perspective la voie qu'il a suivie avec celles de Jelly Roll Morton ou de Thelonious Sphere Monk, Muhal Abrams s'impose comme le garant d'une continuité esthétique et morale propre à la culture afro-américaine, repensée et resituée dans le concert des cultures du monde.
Neuf ans après son dernier mémorable passage à Sons d'hiver, il revient en solo pour une nouvelle traversée de plain-pied dans une musique-monde.