aller au contenu
 
sam., 20 février 2016

A propos du concert du 20 février

Vu par Louise Ausseill. Chanteuse. Elève en DEM Jazz à l'EDIM. "Music is my Home" Naomi Shelton & The Gospel Queens / The Hypnotic Brass Ensemble

Les premières mesures de guitare annonçaient la couleur. Les sons afro-américains du blues, du gospel, de la soul et du funk habiteraient la grande salle de la Maison des Arts de Créteil ce samedi 20 février.

Ce fut Raphaël Imbert et son groupe qui ouvrirent les festivités avec le projet « Music is my home » ; projet qui trouva le jour grâce au voyage de son leader dans le deep-south des Etats-Unis. Des influences qui nous permettent de découvrir le blues dans sa plus belle splendeur et de voyager au fil des chansons à la nouvelle Orléans.
J'ai été particulièrement émue par ce concert. D'abord par la belle voix de Marion Rampal et ensuite par le deuxième invité Big Ron Hunter. Un musicien qui fait rimer talent et blues avec simplicité. Un homme touchant tant humainement qu'artistiquement et qui n'hésita pas à inviter Raphaël Imbert, à ce moment là un inconnu venu l'interviewer, chez lui, durant une semaine pour jouer et partager leur ressenti musical. Parce que voilà, le blues c'est avant tout la sincérité, le partage, c'est l'humanité à travers la musique. « Le blues c'est raconter sa vie, son expérience, c'est raconter la vérité », citation du dernier invité
Alabama Slim. Aucune phrase ne pourrait mieux illustrer ce concert. C'est en tout cas la philosophie du blues que m'a transmise cette performance ; une vérité qui je pense n'a pas laissé insensible le reste de la salle non plus.
De bons musiciens où l'écoute entre chacun des membres se fait entendre. Raphaël Imbert aux saxophones, Thomas Werrich à la guitare, Simon Sieger au trombone, accordéon et claviers, Pierre Fenichel à la contrebasse et Anne Paceo à la batterie.

Raphaël Imbert fait preuve d'une maitrise remarquable de ses instruments : le saxophone alto et soprano. Un beau son et un beau phrasé. Peut être un peu dommage qu'il n'y ait pas eu plus de solos instrumentaux. Ils étaient très courts et ne donnaient pas aux instrumentistes l'opportunité de se placer et de développer un solo qui aurait pu les mettre en valeur. De belles mélodies pour les compositions et des arrangements qui reflètent à merveille ce style.
En conclusion, ça aura été pour moi un très beau concert oscillant entre douceur, nostalgie, espoir et énergie.

Naomi Shelton and the gospel Queens assurèrent la deuxième
partie. Il faut dire que la soul et le gospel étaient au rendez vous.
Le concert commença par un thème instrumental avec Gabriel Caplan à la guitare, Cliff Driver à l'orgue, Jeremy Kay à la basse et Chevon Bridges à la batterie.
C'est à la fin du morceau que les Queens, Cynthia Langston, Bobby Jean Gant et Angel Mckenzie entrèrent sur scène.
Elles furent suivies de près par Naomi Shelton que nous découvrîmes, à la surprise de certains, en fauteuil roulant. Cela n'empêcha pas cette grande dame, bercée par le gospel de l'église de Midway, Alabama dès son plus jeune âge, de faire une entrée pleine d'énergie.
Sa voix chaleureuse, doté d'un timbre profond et rauque toucha
intensément les spectateurs. Des musiques nous transportant au beau milieu des sons soul des sixties à travers des thèmes emblématiques tels que At Last de Etta James, A change is gonna come de Sam Cooke, I need you to hold my hand des Jackson Southernaires, où encore des chansons propres comme Sinner.
Les choristes ne laissent pas indifférentes non plus. Des voix puissantes bien que peut être un peu plus lisses, avec chacune un solo leur permettant d'affirmer une identité propre.
On ressent une réelle complicité entre Naomi et les trois Queens, un partage pour l'amour de la musique spirituelle évident. Des arrangements des chœurs simples mais efficaces. Je regrette juste que les reprises ne m'ont pas plus surprise. Certes il y a une réelle connaissance des fondamentaux de la soul et du gospel mais je pense qu'il aurait été plus intéressant de les explorer davantage.
Les musiciens se mêlent aussi à cette énergie soul et gospel. Seul petit bémol, la sonorisation. La batterie et la basse étaient un peu trop fortes couvrant par moment la voix des chanteuses.
Cela dit, ce concert amena une ambiance forte, énergique et dansante. La réponse du public en dit d'ailleurs long sur ce beau concert. Des gens qui frappent des mains, qui dansent. La demande d'un bis. Une réception chaleureuse du public qui je pense ne pouvait être moindre pour Naomi Shelton and the gospel Queens.

The Hypnotic Brass Ensemble composé par Gabriel Hubert à la trompette, Seba Graves au trombone basse, Amal Baji Hubert et Tarik Graves à la trompette, Hashim Bunch à la basse et Andrew Mclean à la batterie
clôturèrent le spectacle avec des sons aux connotations funk, hip hop et rap.
Ce groupe provenant tout droit de Chicago nous surprend avec ses
arrangements originaux et innovants adaptés pour les huit instruments qui le forment.
Une synchronisation remarquable entre tous les membres. On ressent le temps passé à jouer de la musique ensemble, la majorité d'entre eux ayant d'ailleurs partagé leur enfance, étant les fils du trompettiste de jazz Phil Cohran.
Les couleurs hip hop nous font danser. Le choix de ce dernier groupe pour le concert ne pouvait pas être plus judicieux.
On peut sentir beaucoup de nuances aux niveaux des styles musicaux qui entourent le projet ce qui rend la performance très prenante.
L'ambiance que créa ce groupe permit à cette belle soirée, et avant dernier concert du festival, de terminer en beauté.